L'association Jamòn Jamòn a son siège 6 rue de Coursic à Bayonne. Cette rue débouche sur le quai Galuperie au bord de la Nive à hauteur du restaurant le Petit Chalut propriété de l'ami Inaki Irazusta.
Mais qui était Coursic ? La réponse se trouve dans le remarquable livre de Pierre Rectoran "Corsaires basques et bayonnais du 15eme au 18eme siècle" illustré par Pablo Tillac, publié en 1946 aux éditions E. Plumon. "Au milieu des corsaires basques et bayonnais qui se firent le plus remarquer sous le règne de Louis XIV, Johannes de Suhigaraychipy dit Coursic, c'est à dire le petit corsaire dans le langage bayonnais, mérite d'occuper l'un des premiers rangs".
Il était né à Bayonne au 3 du quai Galuperie. Après avoir longtemps navigué à bord de navires marchands, le capitaine Coursic équipa en 1691 la frégate La Légère. Il fut admis à faire la course contre les ennemis de l'état et devint, grâce à son audace, un sujet de terreur pour les Espagnols comme pour les Hollandais.
L'enthousiasme suscité par ses succès devint si grand que le duc de Gramont, lieutenant général des armées et gouverneur de Bayonne sollicita la faveur d'entrer pour moitié dans l'armement de La Légère. Cette association s'avéra des plus fructueuses car, en moins de six ans, le capitaine Coursic captura plus de cent navires marchands.
On retrouve dans le livre de Rectoran de nombreux récits de batailles navales livrées par Coursic. En six ans Coursic prit à lui seul cent vaisseaux marchands et, en huit mois, avec l'aide des frégates du roi, cent vingt autres. Il encombra si bien de ses dépouilles le port de Saint Jean de Luz que le duc de Gramont écrivait à Louis XIV: "L'on passe, de la maison où logeait Votre Majesté (aujourd'hui maison de l'Infante) à Ciboure, sur un pont de vaisseaux attachés les uns aux autres".
Plus tard, en 1693, avec son compatriote Louis de Harismendy, Coursic commandant l'Aigle et Harismendy le Favori vont donner la camisade aux baleiniers hollandais du Spitzberg.
Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire ce récit d'une bataille navale en ces froides contrées.
-"Coursic et Harismendy se glissent à travers les fissures d'une banquise jusqu'à la Baie aux Ours. Ils longent une langue de terre où flotte le pavillon hollandais sur une barricade garnie de canons. Une grêle de boulets ne les arrête pas. Au fond de la baie, nos deux basques aperçoivent 45 baleiniers rangés en forme de croissant avec une quarantaine de marins par navire. Il y a là plus de quinze cents hommes en bataille avec amiral, vice amiral et contre amiral qui alignent 300 canons contre l'artillerie légère de nos frégates. A la sommation de mettre pavillon bas que fait en hollandais l'enseigne basque Etchebéhère le 6 août 1693 répondent des bordées d'artillerie. Commencé à huit heures, le combat ne se ralentit qu'à une heure de l'après midi. Après s'être battus comme des diables, les hollandais écrasés par le feu de l'Aigle de Coursic et du Favori d'Harismendy s'enfuient hors de la baie à la remorque de leurs chaloupes. Vingt huit bâtiments restaient entre nos mains; les plus atteints furent brûlés, les autres acheminés sur Saint Jean de Luz."
Coursic revint victorieux à Bayonne où il ne devait point mourir.
Terre-Neuve était la base de nos pêcheurs de baleine et de morue et il fallait en déloger l'adversaire. S'y employaient Canadiens , Basques et Malouins. Dans la baie du Forillon, le 10 septembre 1694, L'Aigle, au moment d'attaquer, s'échoua. Quatre batteries le maltraitèrent. Le vaillant Coursic était blessé et il ne devait plus revoir Bayonne.
Parmi les restes effrités des pierres tombales basques que l'on conserve dans la vieille église de Placentia (Terre Neuve) deux fragments d'une stèle portent l'inscription suivante : "Ci-gît Johannes de Suhergaraychipy dit Croisic, capitaine de frégate du roi. 1694 ". Cette stèle est reproduite dans le livre de Louis Colas sur les tombes basques.
C'est ainsi que, grâce au livre de P. Rectoran, nous avons pu répondre à la question: qui était Coursic? Cet ouvrage est absolument passionnant: non seulement il évoque la vie de personnages de notre région comme Laffitte, le dernier des flibustiers basques, Jean d'Albarade capitaine de frégate né à Biarritz, les capitaines Jean de Sopite, Dermit, Cépé de Saint Jean de Luz, le capitaine Pellot d'Hendaye, Renaud d'Elicagaray né à Armendarits, inventeur de la manœuvre des vaisseaux qui révolutionna la tactique maritime. Il nous fait aussi découvrir les mœurs, coutumes, conditions de vie des équipages et les différents vaisseaux corsaires basques et bayonnais. Il décrit avec minutie les méthodes de combat et bien d'autres choses encore. L'auteur fait également souvent référence au livre de E. Ducéré: Histoire maritime de Bayonne.

--Bayonne, 15 avril 2001. Bernard G.