L'enthousiasme suscité par ses succès devint si grand
que le duc de Gramont, lieutenant général des armées et gouverneur de
Bayonne sollicita la faveur d'entrer pour moitié dans l'armement de
La Légère. Cette association s'avéra des plus fructueuses car, en moins
de six ans, le capitaine Coursic captura plus de cent navires marchands.
On retrouve dans le livre de Rectoran de nombreux récits de batailles
navales livrées par Coursic. En six ans Coursic prit à lui seul cent
vaisseaux marchands et, en huit mois, avec l'aide des frégates du roi,
cent vingt autres. Il encombra si bien de ses dépouilles le port de
Saint Jean de Luz que le duc de Gramont écrivait à Louis XIV: "L'on
passe, de la maison où logeait Votre Majesté (aujourd'hui maison de
l'Infante) à Ciboure, sur un pont de vaisseaux attachés les uns aux
autres".
Plus tard, en 1693, avec son compatriote Louis de Harismendy, Coursic
commandant l'Aigle et Harismendy le Favori vont donner la camisade aux
baleiniers hollandais du Spitzberg.
Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire ce récit d'une bataille
navale en ces froides contrées.
-"Coursic et Harismendy se glissent à travers les fissures d'une
banquise jusqu'à la Baie aux Ours. Ils longent une langue de terre où
flotte le pavillon hollandais sur une barricade garnie de canons. Une
grêle de boulets ne les arrête pas. Au fond de la baie, nos deux basques
aperçoivent 45 baleiniers rangés en forme de croissant avec une quarantaine
de marins par navire. Il y a là plus de quinze cents hommes en bataille
avec amiral, vice amiral et contre amiral qui alignent 300 canons contre
l'artillerie légère de nos frégates. A la sommation de mettre pavillon
bas que fait en hollandais l'enseigne basque Etchebéhère le 6 août 1693
répondent des bordées d'artillerie. Commencé à huit heures, le combat
ne se ralentit qu'à une heure de l'après midi. Après s'être battus comme
des diables, les hollandais écrasés par le feu de l'Aigle de Coursic
et du Favori d'Harismendy s'enfuient hors de la baie à la remorque de
leurs chaloupes. Vingt huit bâtiments restaient entre nos mains; les
plus atteints furent brûlés, les autres acheminés sur Saint Jean de
Luz."
Coursic revint victorieux à Bayonne où il ne devait point mourir.
Terre-Neuve était la base de nos pêcheurs de baleine et de morue et
il fallait en déloger l'adversaire. S'y employaient Canadiens , Basques
et Malouins. Dans la baie du Forillon, le 10 septembre 1694, L'Aigle,
au moment d'attaquer, s'échoua. Quatre batteries le maltraitèrent. Le
vaillant Coursic était blessé et il ne devait plus revoir Bayonne.
Parmi les restes effrités des pierres tombales basques que l'on conserve
dans la vieille église de Placentia (Terre Neuve) deux fragments d'une
stèle portent l'inscription suivante : "Ci-gît Johannes de Suhergaraychipy
dit Croisic, capitaine de frégate du roi. 1694 ". Cette stèle est reproduite
dans le livre de Louis Colas sur les tombes basques.
C'est ainsi que, grâce au livre de P. Rectoran, nous avons pu répondre
à la question: qui était Coursic? Cet ouvrage est absolument passionnant:
non seulement il évoque la vie de personnages de notre région comme
Laffitte, le dernier des flibustiers basques, Jean d'Albarade capitaine
de frégate né à Biarritz, les capitaines Jean de Sopite, Dermit, Cépé
de Saint Jean de Luz, le capitaine Pellot d'Hendaye, Renaud d'Elicagaray
né à Armendarits, inventeur de la manœuvre des vaisseaux qui révolutionna
la tactique maritime. Il nous fait aussi découvrir les mœurs, coutumes,
conditions de vie des équipages et les différents vaisseaux corsaires
basques et bayonnais. Il décrit avec minutie les méthodes de combat
et bien d'autres choses encore. L'auteur fait également souvent référence
au livre de E. Ducéré: Histoire maritime de Bayonne.
--Bayonne, 15 avril 2001. Bernard G.